Avant d’aborder l’autisme, le TDAH ou l’hypersensibilité, revenons à une information essentielle : chaque cerveau ne traite pas les informations, les émotions et les stimuli de la même manière. C’est ce que reflète la notion de neurodiversité: une façon de reconnaître la variabilité naturelle des fonctionnements humains, comme pour la biodiversité dans la nature.
Ce mot n’est pas venu de nulle part. Il a été proposé à la fin des années 1990 par la sociologue australienne Judy Singer, elle-même issue d’une famille où plusieurs membres étaient autistes. Son intention était claire : sortir du récit médical qui parlait de “troubles envahissants du développement”, pour introduire un regard plus respectueux, qui valorise les fonctionnements cognitifs, les sensibilités et les perceptions sensorielles différentes.
Aujourd’hui, on estime qu’environ 15 à 20 % de la population présente un fonctionnement qui sort du modèle “typique”. Ce n’est donc ni rare, ni anormal : c’est une part entière de notre humanité.
Certainement que toi-aussi,, avec ta sensibilité à fleur de peau, ta difficulté à filtrer certains bruits ou lumières, ton épuisement nerveux, tu sens que ton système ne fonctionne pas tout à fait comme celui de la majorité — sans pour autant avoir un mot précis à mettre dessus.
C’est justement ce que permet de comprendre le parapluie neuroatypique : reconnaître ces variations sans se sentir trop, fragile, ou “pas adaptée”.
Chacun des liens renvoi vers une publication scientifique, un article ou un support digital.Ce sont des ressources supplémentaires pour t'aider à cheminer avec ton hypersensibilité.Enregistres-le pour te créer une boite à outils personnelle!
Comprendre le parapluie de la neurodiversité
C’est un fait biologique: il existe une infinité de variations des systèmes nerveux et de fonctionnements cérébraux. Comme l’explique Joseph Lee dans Le mouvement de la neurodiversité , la neurodiversité reconnaît simplement que nous n’avons pas toutes le même rythme intérieur, ni la même façon de traiter les stimuli, les émotions ou les interactions sociales.
Alors pourquoi vouloir les regrouper? En parlant de neurodiversité, Brigitte Chamak évoque même d’un véritable “éloge de la différence”, où chaque cerveau exprime sa manière unique de percevoir le monde. On peut voir cela comme un paradigme: plutôt que de se diviser en parlant de troubles, de déficits, de handicap, certaines personnes ont préférées honorer ces différences en les considérant comme des variations à respecter et à honorer.
Avant de parler autisme, TDHA ou encore troubles autistiques, voyons ce qui se cache derrière la notion de neuroatypie.
- Neurodiversité: indique une grande diversité de fonctionnements cérébraux.
- Neurotypique: se dit d’une personne dont le développement est considéré comme “typique” dans les manuels de diagnostic (DSM, CIM), c’est-à-dire sans trouble du développement repéré, avec une scolarisation en milieu ordinaire, des codes sociaux intégrés sans trop d’effort, et une adaptation relativement fluide au monde du travail.
- Neurodivergent: on parle de neurodivergence lorsqu’un fonctionnement cognitif, sensoriel, émotionnel ou social s’écarte de cette norme dite “typique”.
Ce sont ces profils que l’on retrouve sous le parapluie neurodivergent:
- les troubles du spectre autistique (TSA) : autisme infantile (type Kanner), autisme atypique, autisme de haut niveau, syndrome d’Asperger;
- les TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), avec son cortège d’hyperactivité, d’impulsivité, de difficulté à maintenir l’attention sur des tâches répétitives;
- les troubles “dys” : dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyscalculie, qui touchent les apprentissages tout en laissant l’intellectuel global intact;
- des profils combinés, qu’on qualifie parfois de trouble complexe, parce qu’ils présentent plusieurs troubles associés;
- ou d’autres troubles du développement présentant des particularités neurologiques.
Selon les auteur.ices, il existe différentes visions du neurodiversity umbrella. Une vision resserrée, centrée sur troubles neurodéveloppementaux (TSA, TDAH, dys, etc.). Et une vision élargie, qui inclue certains troubles sensoriels, des troubles associés (anxiété, troubles du sommeil, épilepsie…), et parfois des profils d’hypersensibilité.
Dans mon métier, j’ai fait le choix de la vision élargie par expérience. Il arrive souvent que les femmes que j’accompagne viennent à moi à cause de leur hypersensibilté. Elles vivent une surcharge sensorielle, des difficultés de socialisation, un épuisement nerveux et des burn out répétés. En travaillant sur les traumas et la régulation nerveuse en accompagnement, elles finissent par faire un diagnostic d’autisme ou de TDAH. Et là, tout s’éclaire!
Qu'est-ce que la neurodivergence ?
Une personne neurodivergente a un cerveau qui traite l’information, les émotions, les stimuli sensoriels et les relations sociales d’une manière différente de la majorité des autres humains. On utilise le parapluie neurodivergent pour rassembler les personnes concernées par un mode de fonctionnement minoritaire: autisme, TDAH, dys, etc.
En clair, une personne dite neurotypique vit un développement et apprentissages dans la “norme attendue”, adaptation plus simple à l’école, au travail, aux codes sociaux. Alors qu’une personne neurodivergente vivra plus de décalages et de frictions avec ces normes, dans le rythme de vie, la communication et les interactions sociales, la capacité d’attention, les stimulations des sens et le vécu des émotions.
Être neurodivergent.e, c’est avoir un cerveau qui ne traite pas les informations comme la majorité.
- Là où une personne neurotypique va filtrer certains stimuli sans y penser, toi tu peux te sentir submergée par les bruits, les lumières, les odeurs.
- Là où d’autres trouvent “normal” d’être toute la journée en open space, toi tu ressors vidée, avec la sensation d’un comportement atypique parce que tu as besoin de te retirer, de silence, de calme.
Si tu t’es déjà sentie “trop” ou “pas comme il faut”, tu n’es peut-être pas en défaut : tu es peut-être neurodivergente, dans un monde qui ne t’a jamais appris à honorer ton fonctionnement.
Pour aller plus loin, je t’invite à découvrir cette vidéo qui explique la neurodiversité dans l’éducation, avec Alban Bourdy, créateur de Surdouessence et écrivain et Samia Figère, autrice de “Trop! Journal intime d’une petite fille hypersensible” et formatrice spécialiste des troubles neurodéveloppementaux et des neuroatypies.
Quels sont les signes de neurodivergence?
Les signes de neurodivergence ne sont pas une liste à cocher, mais un ensemble de repères qui permettent de comprendre un fonctionnement différent. Pour t’aider à t’y retrouver, on va les classer dans trois grandes sphères : sensorielle, attentionnelle et relationnelle.
🧠 1. Particularités du traitement sensoriel
Beaucoup de personnes neurodivergentes présentent une sensibilité accrue aux bruits, aux lumières, aux textures, aux odeurs ou au contact physique. Après un environnement bruyant, une grande surface ou une journée d’open space, la fatigue peut devenir écrasante, parfois jusqu’à la surcharge sensorielle. Les recommandations de la HAS sur le trouble du spectre autistique montrent que ces particularités sont très fréquentes.
⚡ 2. Attention, énergie et fonctions exécutives
Les profils neurodivergents oscillent souvent entre procrastination, “brouillard mental” et épisodes d’hyperfocus prolongé. L’énergie varie en dents de scie : phases d’élan intense suivies de périodes d’épuisement. Ce pattern est courant dans le TDAH, mais aussi chez des personnes avec traits autistiques.
💬 3. Rapport singulier aux émotions et aux interactions sociales
Les émotions sont vécues intensément, la lecture des codes sociaux peut être source de confusion, et le camouflage (masking) est fréquent. Le guide adulte de la Maison de l’Autisme décrit bien ces adaptations invisibles.
Qu’est-ce qui est inclus dans le concept de neurodiversité ?
Depuis le livre de Judy Singer au début du XXe siècle, le militantisme autiste et de la neurodiversité a fait bouger les lignes et les idées préconçues. Et le débat reste ouvert autour de ce sujet passionnant.
Les recherches autour de la neurodiversité démontrent qu’il existe un “noyau dur” de profils souvent regroupés sous le même ensemble : trouble du spectre autistique (TSA), TDAH, troubles dys (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie), syndrome de Tourette ou TDC. Ces profils apparaissent très tôt dans le développement et partagent une base neurologique, avec une manière singulière de traiter les informations, de filtrer les stimuli et d’organiser les pensées. Ce sont les fondations les plus classiques, celles que la recherche décrit depuis longtemps.
D’autres approches élargissent le paysage en incluant aussi la synesthésie, certaines formes d’épilepsie, des troubles anxieux durables, ou encore des troubles du traitement sensoriel isolés. Et là, un débat s’ouvre : doit-on restreindre ce champ aux troubles neurodéveloppementaux, ou reconnaître un ensemble plus vaste de particularités neurologiques stables ? Les deux visions coexistent, et chacune éclaire une facette différente de l’expérience humaine.
L’hypersensibilité se situe justement dans cette zone frontière. Elle mélange hyperémotivité, hypersensorialité, hyperempathie et hypervigilance. Certaines de ces dimensions ressemblent à ce qu’on observe dans les TSA ou le TDAH ; d’autres sont plutôt liées à l’histoire personnelle, aux traumas ou à un épuisement nerveux installé.
Et puis il y a… la vraie vie. Souvent, les profils neuro ne sont jamais isolés. Ils se chevauchent souvent et ça donne des cocktails neurodivergents : TSA + TDAH, dyslexie + dyspraxie, hypersensibilité + traits autistiques… C’est pour cela que j’aime bien l’image du parapluie neurodivergent: il rassemble, comme dans une salade de fruits! Plutôt que de chercher à tout cloisonner dans des petites boites. Et c’est en accueillant nos différences qu’on crée le monde demain, vivant et vibrant!
L'hypersensibilité est-elle neurodivergente ?
Peut-être que tu te reconnais dans une sensibilité vive, dans une façon de ressentir le monde plus intensément que la majorité des gens. Mais sans te sentir tout à fait neurodivergente. Alors ?
L’hypersensibilité n’est pas officiellement classée parmi les troubles du développement, mais elle partage beaucoup de points communs avec certains fonctionnements neuroatypiques : hypersensorialité, hyperémotivité, difficulté à filtrer les stimuli, fatigue nerveuse, impression d’être “trop” dans un monde trop rapide.
Pour aller plus loin dans la compréhension de ton fonctionnement sensoriel, émotionnel et relationnel, je t’ai préparé deux articles essentiels :
👉 Les meilleurs livres sur l’hypersensibilité : une sélection de lectures pour mettre des mots sur ce que tu ressens, t’apaiser et te reconnaître dans d’autres parcours.
👉 Définition de l’hypersensibilité : un article complet pour comprendre l’ultrasensibilité, ses manifestations, ses origines possibles et comment en faire une force dans ton quotidien.
